Night by Night.

Night by Night.






__La rue assourdissante autour de moi hurlait.
__Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
__Une femme passa, d'une main fastueuse
__Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;

__Agile et noble, avec sa jambe de statue.
__Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
__Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
__La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

__Un éclair... puis la nuit! - Fugitive beauté
__Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
__Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?

__Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-être!
__Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
__O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!





# Posté le dimanche 08 novembre 2009 09:08

Ma mémoire sale.

Ma mémoire sale.


On s'ennuie de tout, mon ange, c'est une loi de la nature ; ce n'est pas ma faute.
Si donc, je m'ennuie aujourd'hui d'une aventure qui m'a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n'est pas ma faute.
Si, par exemple, j'ai eu juste autant d'amour que toi de vertu, et c'est sûrement beaucoup dire, il n'est pas étonnant que l'un ait fini en même temps que l'autre. Ce n'est pas ma faute.
Il suit de là, que depuis quelques temps je t'ai trompée : mais aussi, ton impitoyable tendresse m'y forçait en quelque sorte ! Ce n'est pas ma faute.
Aujourd'hui, une femme que j'aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n'est pas ma faute.
Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure : mais si la Nature n'a accordé aux hommes que la constance, tandis qu'elle donnait aux femmes l'obstination, ce n'est pas ma faute.
Crois-moi, choisis un autre amant, comme j'ai fait une autre maîtresse. Ce conseil est bon, très bon ; si tu le trouves mauvais, ce n'est pas ma faute.
Adieu, mon ange, je t'ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n'est pas ma faute.


# Posté le samedi 26 septembre 2009 05:26

Dreams on Fire.


Il est plus facile de mourir que d'aimer, c'est pourquoi je me donne le mal de vivre... Mon amour.




Dreams on Fire.

# Posté le dimanche 12 avril 2009 06:46

One Love.

One Love.
Quand l'idée de l'amour, de cet amour, précisément de cet amour, se leva-t-elle en mon esprit, c'est à quoi je ne puis à la fois, et je puis bien répondre. Tout me séparait de celle que j'entrepris d'abord de fuir, et fuir en moi-même surtout. Il y a dans mon emportement avec les femmes une certaine hauteur, qui tient à plusieurs regrets que j'ai, à ce que j'ai longtemps cru qu'une femme, au mieux pouvait me haïr, à ce sentiment horrible de l'échec qui me porte toujours aux confins d'une ombre mortelle. Cette femme-ci, je me suis défendu de l'aimer, j'ai détourné d'elle avec une sorte de terreur qui avoue, les regrets mêmes du souvnir. Divers sentiments que j'avais me dictaient aussi ma conduite. Sans doute alors devinai-je pourtant sans fixer les traits d'un fantôme, une modification de mon coeur, le filigrane étrange de l'amour commençant déjà d'y paraître. Je crus à une disposition générale de mon humeur, et c'est dans ce désordre réel que je rencontrai une autre femme. Que je le lui avoue aujourd'hui, que tout ceci s'endort, et u'elle me pardonne. Je l'ai aimée à ma façon de ce temps-là, comme il m'était possible, et sabs savoir que son image à une autre était pourtant mêlée, je l'ai bien aimée sans mentir, d'un amour quo ne s'est effacé que devant l'amour même, et elle sait très bien qu'elle m'a rendu malheureux. Aux obstacles qu'elle m'opposait, pourtant plusieurs fois défaillante, je n'ai point usé cet amour, et sans doute qu'il y puisait sa vie. Mais entendez-moi, chère amie, j'ai retrouvé en moi ce que j'avais nié. Vous étiez ma seule défense et déjà vous vous éloigniez. Alors j'ai été malheureux pour l'autre, sans croire qu'elle en saurait rien. Je vivais sans aucun effort pour me rapprocher d'elle. J'ai dit que d'autres sentiments, alors, m'en écartaient. Puis je tremblais d'éprouver ma faiblesse. Je craignais que le jour ne me devînt intolérable, si elle m'humiliait une fois. Elle fit cette chose extraordinaire, de m'appeler à elle: et moi je vins. Soirée du trouble, soirée éclipse: alors devant le feu qui jetait sur nous deux ses grandes lueurs, j'accédai, voyant ses yeux, ses yeux immenses et tranquilles, j'accédai à l'idée de cet amour conçu et nié, qui s'imposait soudain à moi dans l'évidence, à la portée de ma main qui se croyait démente. Je ne me hâtai point. Cela dura des heures et des heures, sur le versant insensible de l'aveu. Il n'y eut point de rupture entre l'indifférence et l'amour. Une porte enfin cède, et c'est ainsi qu'apparaît le merveilleux paysage.

# Posté le dimanche 12 avril 2009 06:39

Skinny Love.

Skinny Love.

Parce que l'amour a noué nos corps de ses mains divines, comme les enfants nouent les tiges qu'ils arrachent aux prés, parce que nos vies se sont mêlées comme se mêlent les eaux chantantes, je consacre à ta jeunesse un hymne enivré.

Je dirai la lumière de tes yeux, la volupté de ta bouche, la force de tes bras, l'ardeur de tes reins puissants et la douceur tiède de ta peau. blanche et dorée comme la clarté du soleil.

Je dirai l'emprise de tes mains longues qui font à ma taille une ceinture frémissante ; je dirai ton regard volontaire qui anéantit ma pensée, ta poitrine battante soudée à ma poitrine, et tes jambes aussi fermes que le tronc de l'érable, où les miennes s'enroulent comme les jets onduleux des houblons.

Telle qu'une idole, mon adoration couvrira ta nudité superbe des lys odorants et des phlox cueillis dans mon jardin.
Je te regarderai dormir dans leur parfum.

Contre ton flanc apaisé, j'écouterai ton sang couler dans le mystère de ta vie, comme j'écoute, dans le soir, le ruisseau qui descend de l'obscure forêt.

Sylvius, quand je ne serai plus, quand les saisons sur ma tombe ouvriront les passeroses et les giroflées d'or, dans la pureté du matin bleu, des voix passionnées rediront le chant de mon amour.



# Posté le jeudi 26 février 2009 17:33

Modifié le jeudi 26 février 2009 17:57